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Le monde rural haut-marnais

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Numéro 224-225, 1er et 2e trimestres 2001

 

Dans le cadre des 18e Journées d'Art et d'Histoire, un colloque sur la ruralité haut-marnaise s'est tenu le 11 octobre 1997, dans la nouvelle salle polyvalente de Montigny-le-Roi. La qualité des communications et la participation des nombreuses personnes qui sont intervenues dans la salle ont assuré une réussite de cette rencontre, volontairement située au coeur du monde rural haut-marnais. La conférence donnée la veille au soir dans la salle des séances du Conseil général, à Chaumont, avait posé la situation du moment, et abordé les problèmes de la ruralité haut-marnaise. Jugés pessimistes, mes propos avaient suscité des réactions, et ils ne seront pas repris ici.

Cinq années ont passé depuis cette réunion, et la publication tardive des actes ne peut en donner fidèlement le déroulement, ni même la matière. Certaines communications n'ont pas abouti à un texte rédigé ; d'autres, à l'inverse, ont été publiées ailleurs. Pour la plupart, elles se retrouvent dans ce volume, car elles ont conservé toute leur valeur méthodologique ou documentaire. Du reste, conformément à la vocation des Cahiers et des Journées, il ne s'agissait pas d'aborder le monde rural haut-marnais seulement dans son état présent. Les conditions du passé, du Moyen Age, de l'Ancien Régime ou du milieu du XIXe siècle, éclairent bien des aspects de cette ruralité. Les aléas actuels de l'économie agricole, dans le cadre politique européen, ne sauraient faire oublier les solidités du fonds rural, aux mains d'une population peu nombreuse, certes, mais tenace et efficace.

La campagne, il est vrai, est plus complexe qu'il n'y paraît. Ses aspects visibles, la forêt, le paysage agraire, l'habitat, en sont les éléments les plus immédiatement sensibles. mais il ne faut pas confondre rural, agraire et agricole. L'agriculture gouverne toujours l'utilisation de l'espace, mais de moins en moins la société rurale. La Haute-Marne participe, de manière exemplaire, à cette complexité des campagnes françaises, tant par la variété des paysages que par la diversité des conditions socio-économiques.

Depuis l'époque de la planification qui a suivi la dernière guerre, le ministère de l'Agriculture divise le territoire en petites régions agricoles (P.R.A.), correspondant à de petites régions naturelles, plus ou moins marquées par la spécialisation de la production agricole. Si les P.R.A. ont connu depuis 1946 maints changements structurels et spatiaux, tel le pays dit du "Barrois", elles n'ont pas disparu du recensement agricole de l'an 2000. Dans sa recherche des modèles cartographiques des communes rurales haut-marnaises (1999), J. -L. Maigrot dégage 28 types différents, correspondant à autant de configurations géographiques micro-régionales, où les traits physiques sont décisifs. C'est reconnaître justement l'irréductible diversité territoriale du département;

En 2000, la surface agricole utilisée (S.A.U.) représente exactement la moitié de la superficie départementale (et la forêt, 40 %). Les prairies permanentes, ou surfaces toujours en herbe, couvrent 36 % de la S.A.U. Le Der (Champagne ghumide) au nord-ouest, le Bassigny, l'Apance, l'Amance, la Vingeanne au sud-est, sont les P.R.A. où l'élevage biovin prédomine (le cheptel haut-marnais dépasse 215 000 têtes). Dans le reste du département, les terres de cullture se partagent l'espace avec les forêts, et les productions de céréales et l'oléagineux (colza) dominent.

La Haute-Marne ne compte plus que 2 000 exploitations agricoles professionnelles (3 200 en 1988), dont 250 dépassent 250 ha (60 seulement en 1988). La tendance est donc à l'élargissement des exploitations subsistantes, et à l'orientation vers les grandes cultures. Réduite à un petit effectif, la profession agricole est une affaire de "jeunes" : les trois-quarts des chefs d'exploitation ont entre 30 et 50 ans. La petite paysannerie haut-marnaise, cultivateurs ou éleveurs besogneux, n'est plus, et avec elle l'armature d'une société cohérente, fidèle politiquement au radicalisme, puis au gaullisme. La mince cohorte des exploitants actuels est liée à l'agriculture productiviste, et elle n'en méconnaît pas les désarrois. Surtout, le nombre réduit de ces exploitants, entre 40 et 110 par cantons, n'est pas complété par d'autres catégories d'actifs capables d'installer localement une société authentiquement rurale, démarquée de la ville, fût-elle petite.

Plus que le déclin démographique, les campagnes haut-marnaises souffrent de cet impossible renouvellement de la ruralité, qui semble bien être un fait de civilisation euriopéen, et peut-être mondial. Elles ne sont pas pour autant assujetties à l'uniformité. La diversité géographique et histrique des "pays" haut-marnais s'oppose à la banalisation des paysages ; encore faut-il cultiver cette diversité.

Denis Lamarre, 2002

 

Sommaire

Adresse, (D. Lamarre)

Avant-propos, (D. Lamarre)

Introduction : le monde rural haut-marnais (D. Lamarre)

Pour un iventaire des villages désertés en Haute-Marne, Xe-XVIIIe siècles (L. Hugonnier)

La terreur dans les campagnes haut-marnaises en 1793-1794 d'après les fonds des Comités de Surveillance (J. Bernet)

Lire l'histoire des paysages agraires (B. Vue)

Espace rural, bourgs et petites villes en Haute-Maerne et dnas la France de l'Est (C. Wissenberg)

L'Equêtes sur l'architecture rurale (E.A.R. 1425, 1941-1948) : une "genèse" dans la production architecturale (J.-F. Dumazert)

Note de lecture (D. Lamarre)

 

Couverture : François-Alexandre Pernot, Une ferme (aux environs de Wassy), lithographie, 1817, ADHM 6 Fi 10.

Imprimé en 2002, 87 pages, dos carré collé. Prix : 15 €. En stock. Pour se procurer ce numéro, nous écrire sur cahiers.haut.marnais@gmail.com.

 

 

 

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